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Les débuts de l'Automobile Club Dauphinois (ACD) 1899-1904

Les débuts de l'Automobile Club Dauphinois (ACD) 1899-1904
Article par Elodie ARRIOLA

L’aventure de l’automobile connait une véritable explosion dans les années 1880. Très rapidement, cette invention conquiert tous les pays industrialisés. La France n’est pas en reste. Elle est même le premier pays en terme de production d’automobiles en Europe, devançant de loin l’Allemagne et le Royaume Uni en 1900.

Partout en France, des constructeurs automobiles apparaissent. Bien sur, c’est le début de Peugeot, Renault, De Dion, Darracp, Clément… mais au niveau régional, de nombreux petits constructeurs locaux se lancent dans cette aventure qui révolutionne tout un pan de la société. Pour devenir constructeur automobile, un peu d’ingéniosité, de foi en la modernité et de gros gros moyens financiers sont nécessaires. Une alliance : savoir, savoir-faire et finances se met en place entre ces constructeurs et leurs « mécènes ».

Conscients du potentiel et des valeurs que porte l’automobile, quelques hommes décident de s’unir autour de cette invention. Ainsi, l’Automobile Club de France (ACF) est créé sous l’impulsion du Comte de Dion, du Baron de Zuylen de Nyevelt et de Paul Meyan (journaliste du Figaro) en 1895.

Très rapidement, de nombreux autres Automobile clubs (AC) apparaissent partout en France, « comme des champignons », suivant le modèle de l’ACF et intégrant des spécificités régionales, liées à la topographie de la région et à la volonté des dirigeants des AC entre autre.

En Isère, c’est l’Automobile Club Dauphinois (ACD) qui se charge du développement et de la diffusion de l’automobile.

1.    La création de l’ACD

Le 1er juillet 1899, au premier étage du Café des Mille Colonnes (13 place Grenette à Grenoble), à 20h30, 7 passionnés de sport automobile décident de se réunir pour créer une amicale ayant pour but « l’automobilisme dans la région ».

Ces 7 membres (Albert Pégoud, Emile Duchemin, Léonce Billaud, georges Faure, Benjamin Clerc, Joseph Delamarche et Charles-Paul Viallet) désignent le docteur Pégoud comme Président de cette amicale et C-P Viallet comme secrétaire.

Le 12 juillet, toujours dans le même café, se tient la première réunion des passionnés et amateurs de sport automobile du département de l’Isère. Cette rencontre scelle le début d’une grande aventure humaine et technique, celle de l’Automobile Club Dauphinois. A sa création, l’ACD se compose de 28 membres, les « 28 du café des Mille Colonnes ». Très rapidement, l’association, se dote de règlements, statuts et élabore ses annuaires de membres.

 Président  Albert Pégoud
 Vice Président  Emile Duchemin
 Secrétaire Général  Georges Faure
 Secrétaire Adjoint  Charles-Paul Viallet
 Trésorier  Benjamin Clerc
 Archiviste  Victor Ferotin
 Administrateurs  Régis Joya (fils)
 Joseph Delamarche
 Léonce Billaud


Composition du premier CA de l’ACD en 1900*

Qui sont ces hommes ? Des riches notables régionaux, ils sont médecins, avocats, entrepreneurs, constructeurs, militaires… Rien ne les prédestine à se réunir, si ce n’est leur foi incontestable et inébranlable dans la nouveauté automobile vue, comme porteuse d’avenir et de valeurs.

L’ACD concentre la bourgeoisie locale (bourgeoisie industrielle mais aussi intellectuelle). On y retrouve quelques grands noms isérois : Achille Raymond (qui reprend l’entreprise de bouton pression de son père « Raymond- Boutons »), aimé Bouchayet (des entreprises Bouchayet-Viallet), Maurice Bergès (papetier Lancey), André Neyret, Camille Allimand (constructeur de machines à papier à Rives) …

Bien que modeste au départ, le nombre des membres de l’association ne cesse de croître, faisant de celle-ci une association très influente dans le département. La première association automobile d’Isère voit ses membres quadrupler en seulement 5 années.

Evolution du nombre de membres de l’ACD

 Année 1900  1903  1904
 Nombre de membres  80  182  255


L’Isère connaît aussi son lot de constructeurs automobiles locaux. Bien que leur renommée dépasse rarement les frontières du département, ces noms sont connus des grenoblois : les garages Magnat & Debon, Jay & Jallifier, les automobiles et cycles Morel… (tous membres de l’ACD). Ces garages réparent pratiquement tout sur une voiture, c’est pour cela, que l’ACD noue de nombreux partenariats avec eux.

2.    L’action de l’ACD dans le département

Très rapidement, l’ACD se fixe pour objectif de « favoriser le développement du tourisme et de l’industrie automobile dans la région, de fournir à ses membres tous les renseignements et de leur procurer tous les avantages possibles ainsi que de leur prêter un appui moral et financier pour la défense de leurs droits ». Dès lors, automobile et tourisme sont indissociables.

Le tout début du XXème siècle est marqué par l’organisation de nombreuses courses automobiles qui servent de laboratoire d’essai aux constructeurs pour montrer leurs nouveautés et le potentiel de l’automobile.

Constructeurs et pilotes se forgent un nom au travers de leur palmarès.

L’ACD utilise ce moyen pour faire connaître son nom et son action au-delà des frontières dauphinoises. Une course emblématique est créée : le concours de côte de Laffrey, appelé par les pilotes : La Laffrey.

Organisée pour la première fois en 1901, la course de côte de Laffrey acquière vite une importante renommée. Profitant de la topographie spécifique du tracé (6.5 km pour un dénivelé de 605m, soit une pente de 10% en moyenne avec un maximum de 12,8%), les pilotes voient en Laffrey un moyen d’éprouver leur machine dans des conditions extrêmes. Ce qui pouvait être une contrainte géologique devient un atout pour ces pionniers de l’automobile.

En 1903 et 1904, l’ACD organise une semaine de compétition : La Semaine de l’automobile du Dauphiné( SAD), qui attire des constructeurs mais aussi des pilotes de tout le pays. Tous veulent se frotter aux pentes du département. La SAD se compose de nombreuses épreuves : concours de tourisme, gymkhana automobile et concours de côte de Laffrey. Toutes les richesses du département sont mises à profit.

Après deux éditions très réussies, la SAD est stoppée brutalement. En effet, devant la multiplicité des grandes compétitions automobiles obligeant les constructeurs et les sponsors à limiter leur participation, la SAD n’est pas reconduite en 1905… ainsi s’arrête brutalement la grande aventure de la Semaine de l’Automobile du Dauphiné.

Parallèlement, c’est la grande période des guides touristiques. André Michelin crée son guide en 1900 qui recense tout ce qui peut être utile à l’automobiliste : liste des garagistes, des médecins, plans de certaines villes, dépôts d’essence, auberges, hôtels, églises et toute une liste de curiosités.

L’ACD conscient du fort lien qui peut unir tourisme et développement automobile décide de créer son propre guide touristique en 1903, qui est complété en 1904. L’association s’allie avec des hôtels et des auberges du département en leur décernant un signe distinctif qui garantit aux conducteurs la présence des garages pour leur auto et un certain niveau de qualité de l’établissement. Malheureusement, l’opération commerciale se révèle être un vrai fiasco. Très peu de livres sont vendus et l’ACD ne retire aucun bénéfice financier, mais plutôt des dettes.

Ainsi s’estompe (pour un temps) l’aventure de l’ACD. Peu active dans les années 1910 on ne trouve de traces de l’association qu’en 1923. Ce n’est que plus tard que les courses et concours automobiles reprennent timidement, sans jamais atteindre la renommée de la SAD… Dès lors, l’ACD essai de trouver sa voie en orientant son action presque uniquement sur les automobilistes.

Plus que centenaire, l’Automobile Club Dauphinois demeure toujours très présent auprès des conducteurs dauphinois, suivant ainsi la voie tracée par ses pères.

Elodie ARRIOLA